Comment favoriser l’affordance en crèche ?

par Céline Fleuet, Éducatrice de jeunes enfants et directrice des micros-crèches Little Chartrons et Little Bouscat

Un objet n’a pas de fonction déterminée pour les enfants. C’est leur créativité et leur imagination qui définit l’usage qu’ils en font. En crèche, l’enjeu est de les laisser explorer tout en garantissant leur sécurité.

« Les enfants ont besoin de désordonner le monde pour comprendre comment il s’ordonne » disait Sylviane Giampino, psychologue de l’enfance.

Grimper sur des tables, jouer dans des cartons, prendre des panières pour des chapeaux… Des comportements tout ce qu’il y a de plus naturel pour des enfants qui découvrent le monde, et qui reposent même sur une théorie scientifique : l’affordance.

L’affordance, qu’est-ce que c’est ?

L’affordance est la caractéristique d’un objet ou d’un environnement qui suggère à son utilisateur son mode d’usage ou autre pratique. Du néologisme anglais, to afford : donner l’opportunité. Ce sont les psychologues Eleanor et James Gibson qui ont développé cette théorie dans les années 70. Ils la définissent comme « une faculté de l’homme à guider ses comportements en percevant ce que l’environnement lui offre, en termes de potentialités d’actions ». Plus simplement, il vient théoriser le comportement de Maxime, 2 ans, qui alors qu’il joue à la dînette, installe un des plateaux au sol, cherche son équilibre en levant les bras et s’exclame joyeusement « je fais du skate » ! Le lendemain, le plateau deviendra bouclier, objet de séparation et un jour peut-être… un plateau !

Favoriser l’affordance avec le jeu

Permettre l’affordance chez l’enfant, c’est lui permettre d’explorer ses capacités motrices, sensorielles, intellectuelles et de répondre à ses besoins d’exploration… Bref, c’est un formidable outil pour son développement. En tant que pros de la petite enfance, il s’agit donc de créer un environnement stimulant pour grimper, se cacher, prendre des risques mesurés…

Et s’il y a bien une journée qui s’applique particulièrement à cela, c’est le jour de la livraison des couches ! S’inventer une cabane, une cachette secrète, un road trip… un simple carton est un vecteur illimité d’aventures pour un tout-petit !

En dehors des jours de livraisons, il y a de multiples possibilités pour favoriser l’affordance dans votre lieu d’accueil :

  • Adopter une certaine neutralité en présentant un objet, sans préciser son rôle « c’est une chaise » suffit. Les enfants apprendront à l’utiliser par imitation !
  • Avant l’arrivée des enfants le matin, lorsque vous installez la pièce de vie, demandez-vous comment susciter l’envie, comment attiser la curiosité, comment inviter à l’exploration
  • Entrez dans leurs jeux. Comme cette fois avec June (2 ans et demi), assise dans une caisse transparente / bateau. Ce jour-là, June et moi sommes parties sur le bassin d’Arcachon, puis nous avons pris le train avec tous les copains, et même mangé une glace avant de revenir à la crèche.
  • Favoriser les jeux ouverts : bouteilles en plastique, boîtes de lait en poudre… Plus un objet est neutre, issu de la vie quotidienne, plus il est intéressant pour l’enfant et plus vous serez surpris·e de l’utilisation qu’ils en feront !
  • Investir dans des jeux pensés pour l’affordance. Le bilibo pour n’en citer qu’un est ainsi le compagnon idéal des enfants qui ont soif d’explorations. Tantôt toupie, pont, siège pour bouger et se balancer, tambour… Il peut aussi servir de récipient (sable, eau, écorces, petites voitures…) pour les enfants adeptes de transvasement !
  • Se former aux observations et à l’aménagement de l’espace pour changer de paradigme et prendre du recul

Bref, renouez avec votre âme d’enfants et voyez le monde à travers leurs yeux !

Et la sécurité dans tout ça ?

Pas toujours simple en tant que professionnel·les de la petite enfance de trouver le bon équilibre entre assurer la sécurité physique des enfants, répondre à leurs besoins d’exploration, gérer un collectif et nos propres peurs de l’accident.

Pour cela, il faut apprendre à faire la différence entre une réelle prise de risque démesurée et une prise de risque sécurisée. Dans ce dernier cas, restez présent·e « au cas où », et n’intervenez que si c’est nécessaire. Et rappelez-vous que vous connaissez les enfants, grâce à vos observations de terrain, vous saurez trouver la bonne posture !

Aujourd’hui, certaines PMI autorisent des projets innovants pour stimuler les besoins d’explorations des enfants. Des troncs d’arbres pour grimper, des écorces ou des copeaux de bois en guise de revêtement de sol extérieur, des murs d’escalade… Nous avons pu expérimenter ces équipements dans nos structures. Pour en mesurer l’impact sur les enfants et les risques accidentogènes, une grille d’observation a été mise en place. Soyez en certain·es, on n’a pas trouvé mieux que le jeu en extérieur et en pleine nature pour démontrer la théorie de l’affordance et travailler sur nos propres peurs pour laisser les enfants libres !

 

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Pour les enfants :


Pour les pros :

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