À la découverte de la Langue des Signes Française, en crèche

Depuis un peu plus d’un an, l’équipe du multi-accueil des Bidibulles a plongé dans ce monde inconnu mais passionnant pour accompagner au mieux une petite fille souffrant de troubles auditifs. Anne-Laure Nouvel, EJE, nous partage son retour d’expérience. Un récit riche d’apprentissage, de remise en question et d’émotions partagées. S’il fallait encore démontrer que la différence est une richesse, ce témoignage devrait convaincre les plus sceptiques !

LSF à la crèche : le début de l'aventure

La Langue des Signes Française…3 mots pour décrire tout un monde ! Tout a commencé en septembre 2021 lors de l’accueil de E., petite fille de 9 mois, souffrant de troubles auditifs. Très rapidement, elle a été appareillée des deux oreilles ce qui a amené les professionnelles du Cocon (unité de vie des bébés) à se former à la pose de ses prothèses et à son accompagnement individualisé. En pleine épidémie Covid, nous portions également des masques transparents, délivrés par la CAF afin de l’aider dans la communication, une attente forte des parents et tout à fait compréhensible.

E. est suivie par le CAL (Centre d’Audition et du Langage) depuis juin, et accompagnée à son domicile et au Centre par Amandine (éducatrice de jeunes enfants, spécialisée dans la LSF) et Isabelle, sourde et communiquant par la LSF.

 

Depuis septembre, dans l’unité des moyens/grands qu’a rejoint E., nous les accueillons toutes deux, à tour de rôle, le lundi et le vendredi matin : leurs interventions ont comme objectifs d’observer et d’accompagner E. dans ses jeux et dans ses interactions avec les autres enfants. La maman de E. nous a également amené un document avec des signes usuels – signes autour des besoins, papa/maman…- pour signer avec E., auxquels nous avons rajouté (en concertation avec les parents) ceux autour des émotions.

Ces documents sont présents dans chaque section, au bureau et en cuisine afin que chacune puisse s’approprier ces nouveaux outils de communication. Lors de la réunion de rentrée, tous les parents ont été informés de ce projet et de la présence d’Amandine et Isabelle deux matinées par semaine. 3 familles signent déjà auprès de leurs enfants, ce qui renforce notre projet et sa légitimité. Une famille et leur petit garçon nous apprennent quotidiennement de nouveaux signes, ce qui est très riche !

Les bons outils pour intégrer la LSF dans le quotidien de la crèche

Si la présence d’Isabelle et Amandine est passionnante en échanges et découvertes, les débuts furent parfois difficiles, car la LSF a bouleversé nos habitudes de communication et notre quotidien. Sur ces deux matinées, nous nous adaptons à leur présence et en concertation avec elles, nous proposons des histoires, des chansons et des imagiers qu’elles signent en lien avec nos paroles : une vraie richesse pour tout le groupe ! Isabelle nous a mis à disposition un livret avec des photos d’animaux et les signes qui correspondent. Un outil que nous utilisons beaucoup et qu’elle va étoffer avec les objets du quotidien, en lien avec les demandes des professionnelles.

 

Quelle joie de voir les plus jeunes, n’ayant pas encore acquis le langage, reproduire les signes et pour les plus âgés de dire le mot tout en le signant ! Isabelle nous a également apporté des affiches sur différentes thématiques – sommeil, repas, jeux, émotions – qu’elle nous a conseillé de coller aux endroits stratégiques. Ex : celle sur le sommeil, affichée sur la porte de la chambre. Si les enfants les décollent beaucoup, ils les regardent tout autant et certains essayent même de reproduire les gestes ! Lors de la présentation du menu, Cheffe Lorée, soutenue au début par Isabelle et Amandine, associe les signes à la parole, un très beau moment à chaque fois, symbole de l’appropriation du projet par l’ensemble de l’équipe.

Se former en équipe

Lors d’une réunion d’équipe en novembre qui était très attendue, Isabelle, tout en signant, nous a présenté les fondements et l’histoire de la LSF, seulement autorisée dans les écoles spécialisées, depuis 2005… Épaulée par Amandine, son interprète, elle nous a appris l’alphabet. Cela n’a pas manqué d’occasionner de grands fous rires, tant certaines lettres de l’alphabet demandent une bonne motricité des doigts ! Elles nous ont également mises en situation en nous mettant un casque sur les oreilles. À nous, privées de l’un de nos sens, de faire deviner un mot à notre binôme en articulant sans émettre de son. Se confronter à un monde non sonore fut déstabilisant mais formateur pour comprendre ce que vivent les personnes sourdes. Nous nous sommes rendu compte de la difficulté et de la grande attention demandée aux personnes sourdes pour arriver à lire sur les lèvres. Cette réunion a été très bénéfique pour mieux comprendre les enjeux de la LSF. La LSF est une langue et non un langage avec ses propres codes où tous nos repères d’entendants sont chamboulés. Elle nous amène à repenser nos façons de communiquer : prendre le temps de parler, d’articuler, maintenir le regard, expressions et mimiques du visage qui donnent du sens à la phrase, l’importance de pointer du doigt pour montrer…

Ce projet autour de la Langue des Signes trouve donc son origine dans l’accompagnement de E. malentendante afin de s’adapter à son handicap. 3 mois après le début de l’expérimentation, l’équipe s’approprient peu à peu les signes et observe la capacité de E. à se faire comprendre. L’équipe souhaite faire perdurer ce projet. En effet, les premières observations faites par les professionnel·les en crèches tendent à montrer que les tout-petits n’ayant pas encore acquis le langage, parviennent à communiquer leurs besoins grâces aux signes, ce qui créerait moins de pleurs et de tensions. Un objectif que l’équipe des Bidibulles souhaiterait atteindre à long terme pour le bien-être des enfants !

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