Comprendre et accompagner les émotions de nos enfants

Émotions de l’enfant – Qui ne s’est jamais retrouvé démuni face à une « crise » de son enfant ? Qui n’a jamais tenté de tempérer ses exultations de joie ou de calmer ses pleurs de colère ?

Parce que le cerveau des enfants est immature, nos tout-petits sont des feux d’artifices d’émotions ! Mais pas de panique, les émotions peuvent s’accompagner et se réguler grâce à de bonnes connaissances et un peu (beaucoup ?) de patience ! Les conseils de Caroline, Éducatrice de Jeunes Enfants (et maman d’ados !)

5 choses à savoir sur les émotions

  1. Une émotion est une réaction physiologique et non psychologique. La honte, la colère, la peur, la joie… font appel à des hormones spécifiques sécrétées dans notre corps.
  2. L’expression d’une émotion dure environ 90 secondes.
  3. Une émotion se déroule en 3 étapes :
    la charge : montée des sensations corporelles (gorge sèche, rythme cardiaque qui s’accélère…)
    • la tension : l’émotion entre en action (geste brusque, parole…) parole, un comportement
    • la décharge :  pleurs, cris, tremblements…
  4. Tous les humains ont les mêmes émotions quel que soit leur âge, mais les adultes ont la capacité de les réguler et les tempérer.
  5. Il est important de laisser la décharge se dérouler pour ne pas rester en tension. Dire « ne pleure pas » revient à dire « Garde ta douleur à l’intérieur de toi ».

Les émotions chez l’enfant

Le circuit émotionnel des enfants est en construction. C’est la raison pour laquelle certaines zones vont être davantage stimulées pendant certaines périodes (à 1,5 ans/2 ans, les zones de colère sont davantage activées par exemple). Quand un enfant vit une émotion, elle envahit tout son corps ! Il n’est pas en mesure de prendre du recul sur celle-ci, ni de se poser des questions sur la raison de son émotion… contrairement à l’adulte.

>> Aller plus loin : la vidéo explicative « Le cerveau dans la main » de Daniel Siegel

Le cerveau de l’enfant est immature

Enfant ou adulte, nous faisons chaque jour face à des émotions qui nous permettent d’adopter un comportement adéquat en fonction d’une situation :
– si j’ai peur, je crie pour appeler à l’aide ou je m’immobilise (instinct animal de protection pour ne pas être vu d’un potentiel prédateur)
– quand je suis joyeux je chantonne,
– si je suis en colère j’ai besoin de l’extérioriser.

Quoi de plus normal ? Pourtant, il n’est pas rare que l’on demande à nos enfants de nier leurs émotions « ce n’est rien, ne pleure pas », « arrête de pleurer, ce n’est pas grave ! »… La raison ? Ce qui est anodin pour nous se transforme en crise pour un tout-petit car il est dans l’incapacité physiologique de réguler son émotion.

En effet, le cerveau est mature à 25 ans ! Moralité : il va falloir s’armer de patience avant que nos petits loups soient en capacité de réagir de manière raisonnée face à l’intensité de leurs émotions !

émotions - le cerveau de l'enfant est immaturePour comprendre ce qui se passe dans le cerveau de l’enfant face à une émotion forte, il faut retenir de manière très schématique que notre cerveau compte 3 parties qui fonctionnent ensemble :
• Le cerveau reptilien (ou archaïque) qui permet la survie. C’est lui qui nous dicte par réflexe la fuite, l’attaque ou l’immobilisation, en cas de danger.
• Le cerveau limbique (ou émotionnel) où sont engrammés nos émotions et ressentis
• Le cortex (ou le cerveau cognitif) qui permet le raisonnement, la pensée, la prise de décision, l’organisation, la logique, la régulation des émotions…

 

Une émotion ne se contrôle pas, elle se régule

L’enfant jusqu’à 6/7 ans possède un cortex très immature qui ne lui permet ni de réguler ses émotions ni de prendre du recul sur une situation. Quand il pique une crise ce n’est jamais pour nous embêter ou nous manipuler, c’est tout simplement qu’il n’a pas les capacités cérébrales pour revenir au calme tout seul.

Il a donc besoin d’être accompagné par un adulte qui le rassure, lui explique ce qui se passe pour lui, qui le comprend.

Les 4 étapes de l’accompagnement des émotions

– par Isabelle Filliozat

L’enfant a besoin de sentir la solidité de ses parents lorsqu’il vit une émotion et il a besoin de les voir eux aussi traverser des émotions, même fortes, sans être détruits. Au fur et à mesure que l’enfant grandit, le parent se retire. L’écoute des émotions de l’enfant passe par une écoute empathique : refléter ce que nous entendons dans ce que vient de dire l’enfant, percer ce qui sous-tend les paroles prononcées par l’enfant, écouter la résonance émotionnelle dans ce que l’enfant dit, se mettre à sa place.

  1. Accueillir non verbalement par le regard

    Être présent (rester dans la pièce) et authentique. L’attitude est plus importante que les mots employés : rester aux côtés de l’enfant (ne pas l’isoler sauf en cas de débordement de votre part).

  2. Mettre des mots sur le ressenti

    – Identifier l’émotion : « je vois que tu es en colère »
    – Reformuler sans juger, sans commenter ni intervenir : « tu n’en as pas envie du tout »
    – Accueillir avant de consoler : « tu as eu peur »
    – Valider le vécu : « tu as le droit de ne pas avoir envie, tu préfèrerais continuer à jouer. Nous allons tout de même aller prendre le bain »
    Entendre l’émotion ne veut pas forcément dire céder ou tolérer le comportement qui va avec !

    3. Permettre à l’émotion d’aller jusqu’à sa résolution

L’enfant a besoin de se décharger pour ne pas rester en tension. Comme cette tension n’est plus utile, elle doit pouvoir sortir du corps en s’extériorisant. Pleurer fait du bien suite à un choc, à une peur, à une douleur, même suite à une forte joie.

Vous pouvez encourager votre enfant à extérioriser : « Pleure, pleure fort si tu en as besoin »

  1. Place à l’échange en paroles quand le calme est revenu

Isabelle Filliozat nous conseille d’éviter les questions qui commencent par “Pourquoi ?”, comme “pourquoi tu pleures ?” ou “pourquoi tu as peur ?”.

Nous pourrions plutôt demander : « Qu’est-ce qui s’est passé ? », « Qu’est-ce que tu as ressenti ? »

Quand les émotions de nos enfants nous exaspèrent

Faut-il rappeler l’évidence ? Il n’y a pas de parent parfait !
Mais nous avons tous envie d’agir au mieux pour nos enfants. Pour cela il faut accepter d’être faillible. Mais surtout que pour mieux écouter et accompagner nos enfants, nous avons tout d’abord à accomplir un chemin vers nous-mêmes.Isabelle Filliozat explique : « Dès que nous n’arrivons plus à nous sentir proches de nos enfants, cela signifie qu’il se passe quelque chose en nous qui nous éloigne d’eux. »

3 petits trucs pour prendre la voie de l’apaisement

– s’observer sans se culpabiliser : comment j’inclus mes enfants dans mon quotidien ? Du temps leur est-il réservé entièrement ? Comment j’écoute leurs émotions ? Comment je les encourage ? Qu’est-ce qui m’énerve et me met en colère (fatigue, manque de reconnaissance…) ?…
Pour ensuite en faire découler des décisions personnelles sur ce que vous souhaitez changer
– demander de l’aide, un relais, du soutien auprès du·de la conjoint·e, de la famille…
– prendre du temps pour soi

En bref

Anticiper les frustrations de l’enfant (suivi d’une routine, prévenir de l’étape suivante…).
Établir des règles claires et constantes.
Vérifier que les besoins primaires sont comblés (faim, sommeil, besoin d’autonomie…).
Accompagner physiquement les crises (câlins, disponibilité…).
Comprendre l’émotion ne veut pas dire céder et accepter n’importe quel comportement !
Reparler de la crise « à froid ».

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