Réponse avec le compte-rendu d’une réunion avec les parents des bébés
et Florence, la psychomotricienne des Poupins.
Un moment très riche et pendant laquelle les parents ont pu poser toutes leurs questions,
sans peur du jugement ou du regard des professionnelles.

Merci à Anne-Laure pour ce partage !

————–

La motricité libre c’est laisser la possibilité au bébé de découvrir son corps, d’explorer ses capacités à son rythme : c’est lui permettre de passer à une autre étape de sa motricité quand il le souhaite et comme il le souhaite. C’est lui permettre aussi de développer son autonomie et sa confiance en lui.

Il existe de nombreuses variations quant à l’âge d’acquisition de la position assise et de la marche. Chaque enfant a son propre rythme d’acquisition motrice : les comparaisons avec les développements des autres bébés ont donc peu d’intérêt sauf d’inquiéter les parents ! Le bébé ne peut pas être dans toutes les acquisitions en même temps car cela lui demande beaucoup d’efforts tant moteurs que psychologiques.

Quel est le rôle de la psychomotricienne à la crèche ?
Florence intervient à la fois auprès des enfants et de l’équipe pour :
• Observer le développement psychomoteur des enfants et apporter des conseils auprès de l’équipe afin de les aider dans leur quotidien
• Proposer des ateliers aux enfants autour de la psychomotricité – parcours moteur – et autour de la relaxation-détente. Son rôle est également de former l’équipe à ces techniques.

Comment habiller un bébé pour faciliter sa motricité ?
L’idéal est de lui mettre des vêtements pas trop serrés – éviter les salopettes- afin qu’il puisse se tourner, s’asseoir plus facilement, se mettre debout.
Allongé au sol, le bébé va découvrir ses pieds, les toucher, les mettre à la bouche : les mains et les pieds sont les premiers jeux du bébé.
Lorsque le bébé commence à se mettre debout, il est préférable de le laisser pieds nus. Ainsi, il aura moins de risque de chuter, ressentira plus de sensations, récoltera plus d’informations qui lui permettront d’adapter sa marche et de bien positionner ses pieds, notamment ses chevilles. Quel que soit son âge, le port des chaussures n’est pas nécessaire : ce ne sont pas les chaussures qui vont lui permettre de marcher plus vite. Il est préférable d’acheter des chaussures non montantes – qui ne maintiennent pas les chevilles- avec des semelles souples.

A la maison, où installer son bébé : parc, tapis ?
L’utilisation du parc ou aire de jeu est très pratique car c’est un endroit sécurisé et délimité. L’inconvénient est que souvent, le parent n’a pas beaucoup de place pour être avec le bébé alors que ce dont le bébé a le plus besoin c’est de présence (parole, jeu, sourires, regards, massage…) Bien sûr il ne faut pas être tout le temps avec lui car le bébé a besoin aussi de s’habituer à être un peu seul. Il faut donc trouver un bon équilibre entre présence et absence ! Il est possible alors d’installer le bébé sur un tapis molletonné, entouré de coussins, avec des jeux adaptés : faire bien attention que les coussins soient éloignés du bébé afin qu’il ne soit pas coincé. De plus, le parc limite les possibilités motrices du bébé qui commence le 4 pattes par exemple.
L’usage du transat doit être aussi limité dans le temps car il entrave les explorations motrices du bébé. Bien sûr, après le biberon le bébé est beaucoup mieux dans cette position que sur le tapis pour digérer. De même, le bébé peut prendre plaisir dans le transat car il peut voir ce qui l’entoure avec plus de hauteur. L’important est de ne pas le laisser trop longtemps dans le transat afin qu’il expérimente le plus possible ses capacités motrices.
La motricité du bébé allant parfois très vite, il faut être vigilant pour adapter et sécuriser l’environnement : ainsi, lorsque le bébé commence à se déplacer à 4 pattes, il est préférable d’éloigner les objets fragiles et obligatoire de mettre les produits toxiques en hauteur !

Que faut-il préconiser entre écharpe de portage et porte-kangourou ?
L’écharpe de portage est plus adaptée tant pour le bébé que pour son parent : il permet un meilleur maintien physiologique de l’enfant et soulage également le dos du parent. L’inconvénient du porte-kangourou est qu’il sollicite beaucoup trop le dos et les cervicales du parent. De plus, le porte-kangourou entraîne une mauvaise position pour le bébé : le bébé est mal maintenu et trop raide. Dans tous les cas il est préférable de porter le bébé vers soi et non vers l’extérieur : moins de stimulations et plus de sécurité physique et psychologique pour le bébé : il ressent les battements du cœur du parent, sensation de chaleur…

Comment aider son enfant à être moins tendu ?
Lui proposer des temps de massage – avec les mains, petites voitures, balles – après le bain ou avant le coucher. Ces temps de massage permettent à l’enfant de se détendre, de prendre conscience des différentes parties de son corps : lors des massages, l’enfant éprouve des sensations sur tout son corps. C’est également un moment de complicité et de maintien du lien affectif entre l’enfant et son parent.

Le trotteur ou youpala : pour ou contre ?
Tout d’abord, le trotteur n’accélère pas l’acquisition de la marche. Certes le bébé peut prendre plaisir à pouvoir se déplacer de lui-même mais le trotteur provoque quelques désagréments :
• Le bébé prend l’habitude de se déplacer sur la pointe des pieds : une fois la marche acquise, cette habitude perdure ce qui n’est pas bon pour son dos.
• Le bébé n’a pas conscience de son corps et de l’espace autour de son corps : lorsque la marche est en cours d’acquisition, l’enfant peut alors souvent tomber car il n’a pas conscience des réelles limites de son corps.
• Sur le trotteur le bébé se déplace très vite et il n’a pas encore le réflexe et la capacité motrice de freiner : d’où des risques de chutes (dans les escaliers par exemple) ou de coups contre le mur.

Comment aider son enfant dans ses acquisitions motrices?
Le bébé ne s’assoit par lui-même qu’une fois que ses muscles dorsaux et abdominaux sont suffisamment développés.
L’asseoir avant qu’il n’ait acquis la position naturellement peut le mettre en difficulté car le bébé n’a pas la capacité de quitter la position de lui-même et peut donc se retrouver dans une position très désagréable puisqu’il sera bloqué : il n’a pas la capacité ensuite de se remettre dans la position s’il tombe. Le bébé assis par l’adulte va avoir du mal à trouver comment le faire par lui-même, puisqu’il n’a pas eu la possibilité d’explorer sa motricité pour découvrir comment s’asseoir seul. Enfin, cela entraîne une mauvaise position pour le dos. En anticipant sur cette étape cruciale, l’adulte ne lui permet pas d’aller « plus vite » dans son développement psychomoteur, il a même tendance à l’entraver.
Il vaut mieux le laisser sur le dos ou le ventre pour qu’il expérimente ses capacités par lui-même. Afin de l’aider à se mettre sur le côté, il est possible de lui tendre un jouet pour le stimuler tout en douceur.
L’enfant marchera tôt ou tard : chaque enfant a son propre rythme de développement. Certains enfants vont marcher avant 1 an, d’autres mettront un peu plus de temps. Il est important de respecter son rythme : la marche s’acquiert une fois que l’enfant maîtrise l’équilibre et que ses muscles sont suffisamment développés. S’y ajoute également une donnée importante : l’envie ! Marcher signifie aussi être moins dépendant de l’adulte, moins dans les bras : cette perte peut être difficile pour le bébé, d’où l’importance de lui expliquer les bénéfices qu’il va pouvoir en tirer et de maintenir le portage lorsque le bébé le réclame.
Il est possible aussi de l’aider à avoir envie de se déplacer à 4 pattes ou de marcher, en lui tendant un jeu qu’il aime bien, tout en lui parlant. La curiosité et l’envie sont des moteurs importants !
Si l’enfant sollicite l’aide de l’adulte pour marcher, il est préférable de le maintenir sous les aisselles ou au-dessus des hanches plutôt que de le prendre par la main. Cette position facilitera son équilibre et lui permet d’avoir les mains libres pour parer à une éventuelle chute.
Si l’enfant chute, il vaut mieux ne pas se précipiter tout de suite pour le relever car il va ressentir les émotions négatives de l’adulte, ce qui peut le freiner dans ses acquisitions. Il est préférable de lui parler, sans minimiser bien sûr la peur ou la douleur de l’enfant, et l’encourager à réessayer ! C’est aussi permettre à l’enfant de faire confiance en ses propres capacités et en son propre jugement.

mot_libre