Il y a quelques jours l’émission « Pièces à conviction » intitulée « Qui va garder mon enfant ? Enquête derrière les murs des crèches privées » était diffusée sur France 3. Un reportage à charges qui a eu le mérite de révéler des conditions d’accueil et de travail inadmissibles, mais surtout un secteur en souffrance à cause d’un contexte pressurisant. Suite à la diffusion, nous avons longuement discuté avec nos équipes de ce que nous avions vu et avons eu envie de donner notre point de vue.

À l’inverse de ce qui est montré dans les images du reportage, nous sommes convaincus que ce n’est pas le statut juridique du gestionnaire qui en fait la vertu. Public, privé, associatif, grandes et petites structures… les difficultés liées à l’absentéisme, au turn-over, au recrutement, au juste équilibre économique, tout en répondant aux besoins d’accueil des familles sont l’apanage de tous.

En revanche, nous sommes convaincus que c’est l’humanité et une gestion financière guidée par la mission d’intérêt général et non le profit économique, qui font la différence et garantissent un fonctionnement optimal des lieux d’accueil. C’est ce constat qui nous a poussés à créer Eponyme :
• un projet soucieux des femmes et des hommes qui travaillent au quotidien auprès des adultes de demain
• un projet centré sur le non-jugement et l’accompagnement des parents
• un projet où une attention accrue est portée à l’environnement dans lequel évoluent petits et grands : repas bio et locaux, produits d’hygiène et équipement sain…
• un projet où l’écologie n’est pas un argument marketing mais un cahier des charges
Bref, un projet où « il n’y a pas que les enfants qui grandissent » comme a pu nous le témoigner l’une de nos professionnelles.

Pourtant, après 5 ans d’existence et un travail acharné pour faire vivre, consolider et essaimer ce projet, nous nous posons avec inquiétude la question de la pérennité de notre modèle de crèches, à long terme.

Ce qui nous pousse à le questionner, ce ne sont pas le mécontentement de nos familles, de nos professionnel(le)s ou une qualité d’accueil pour les enfants qui n’est pas au rendez-vous. Au contraire, nous sommes fiers des premiers résultats de notre mesure d’impact social qui viennent conforter que nous sommes sur le bon chemin.

Non, ce qui nous pousse à questionner notre modèle c’est qu’il s’inscrit dans un contexte économique extrêmement tendu :
– tendu parce que passer de la catégorie TPE à PME (plus de 50 salariés et plus de 3 ans d’existence) rime avec hausse des obligations fiscales.
– tendu parce que des allégements tels que le CICE disparaissent, même pour les petites entreprises comme la nôtre qui ont pourtant joué le jeu de la création d’emplois : en moyenne 16 emplois par an, depuis 5 ans.
– tendu parce que une entreprise, qui s’inscrit dans l’Economie Sociale et Solidaire ne bénéficie pas d’un régime fiscal particulier, alors même qu’elle agit pour l’intérêt général et complète les missions de l’État.
– tendu parce que la Caisse Nationale des Allocations Familiales, par le biais de la Prestation de Service Unique, ne fait pas la différence entre qualité d’accueil et quantité d’heures réalisées.

Ainsi, que l’on propose des repas faits-maison, bio et au maximum locaux ou des repas livrés par un industriel de l’agro-alimentaire, la PSU est la même.
Que nos équipes soient composées en nombre ou en qualification au-delà des exigences réglementaires, la PSU est la même.
Que l’on aménage nos structures avec du matériel et des produits respectueux de la santé, sourcés en France ou en Europe, la PSU est la même.
Que nos collaborateurs disposent de jours de congés au-delà des 5 semaines, d’une prime annuelle, d’une mutuelle famille, la PSU est la même.
Que l’on fasse le choix d’une véritable politique de formation continue, la PSU est la même.
Que l’on fasse la part belle aux familles et à l’accompagnement à la parentalité, la PSU est la même.

Le constat est le même dans le cas de nos micro-crèches : le tarif horaire a ainsi été révisé à la baisse 2 fois depuis 2014 et ce, pour toutes les structures quelle que soit la qualité du projet. 

Nous remercions la Ville de Parempuyre et la Communauté de Communes de Convergence Garonne d’avoir choisi notre projet pour gérer leurs structures. D’avoir opposé une réponse qualitative à la rigueur budgétaire ambiante. Car oui, faire ce choix a un coût inévitablement plus élevé mais il est, nous en sommes sûrs, un investissement nécessaire pour garantir une société plus juste et plus équitable.

Nous espérons que la Commission des 1000 jours, formée par le Gouvernement avec des experts de la Petite enfance de grande qualité, inversera cette tendance qui veut que le volume d’heures d’accueil, les présences effectives, le taux de facturation, le nombre de familles accueillies priment sur la proposition d’un cadre favorable et bienveillant. Ce cadre défendu par la communauté scientifique est essentiel pour s’assurer du développement du plein potentiel des enfants. Il est d’ailleurs le point d’ancrage de la Charte nationale pour l’accueil du jeune enfant, publiée par le Ministère des Solidarités et de la Santé.

Quant à nous, nous continuerons de nous engager pour rendre les enfants heureux.

Nous continuerons d’accompagner les familles vers une parentalité sereine.

Nous continuerons de soutenir les professionnel(le)s de la petite enfance, dont le rôle est fondamental pour notre société, mais qui souffrent pourtant de manque de reconnaissance et de salaire qu’il faudrait pouvoir revaloriser.

Nous continuerons d’interroger nos modes de consommation pour adopter des habitudes plus durables et responsables.

Nous poursuivrons nos efforts pour faire grandir notre vision qu’une entreprise peut défendre une mission d’intérêt général, sans renoncer à sa rentabilité.

Ingrid Bergeaud et Clément Uribe,
Co-fondateurs d’Eponyme